L'adénomyose : ce que les médecins savent aujourd'hui, et ce qu'ils ignorent encore
L'adénomyose est une maladie gynécologique encore trop peu connue du grand public, bien qu'elle touche entre 11 et 40 % des personnes ayant un utérus. Souvent décrite comme la « cousine » de l'endométriose, elle partage avec elle plusieurs mécanismes et symptômes, mais présente des caractéristiques propres qui méritent d'être mieux comprises.
Ces dernières années, les connaissances médicales sur l'adénomyose ont progressé, notamment grâce au développement des techniques d'imagerie. Pourtant, cette maladie reste encore sous-diagnostiquée et sous-reconnue, y compris parmi les professionnels de santé.
Qu'est-ce que l'adénomyose ?
L'adénomyose est une maladie dans laquelle des cellules similaires à celles de la muqueuse utérine, l'endomètre se développent anormalement à l'intérieur de la couche musculaire de l'utérus, appelée myomètre. Cette infiltration se produit au niveau de la zone de jonction entre l'endomètre et le myomètre.
Comme dans l'endométriose, ces cellules réagissent aux variations hormonales du cycle menstruel. Elles peuvent s'épaissir, saigner et provoquer une réaction inflammatoire à l’intérieur de l’utérus, entraînant des douleurs et des saignements parfois très importants.
On distingue plusieurs formes d'adénomyose, selon la profondeur et la répartition des lésions :
- L'adénomyose superficielle, où les lésions restent peu profondes, avec un épaississement de la zone de jonction jusqu'à 12 mm.
- L'adénomyose profonde, où les lésions pénètrent plus profondément dans le muscle utérin, souvent associée à des douleurs plus intenses.
- L'adénomyose diffuse, où de nombreux foyers sont disséminés sur l'ensemble du myomètre, provoquant un utérus élargi.
- L'adénomyose focale, où un ou plusieurs foyers sont localisés, pouvant former des nodules parfois confondus avec des fibromes utérins à l'imagerie.
Les symptômes : une maladie souvent silencieuse
L'un des aspects les plus déroutants de l'adénomyose est que, chez une femmes sur trois, elle ne provoque aucun symptôme. Elle peut alors être découverte fortuitement lors d'un examen gynécologique ou d'une imagerie réalisée pour une autre raison.
Pour les femmes qui présentent des symptômes, ceux-ci peuvent inclure :
- des règles très abondantes et prolongées (ménorragies),
- des douleurs menstruelles intenses perturbant le quotidien (dysménorrhées),
- des saignements en dehors des périodes menstruelles (métrorragies),
- des douleurs lors des rapports sexuels (dyspareunies),
- et parfois une sensation de pesanteur ou de gonflement pelvien.
Ces symptômes ne sont pas nécessairement tous présents en même temps. Leur intensité peut varier considérablement d'une patiente à l'autre, ce qui complique parfois le diagnostic.
Comment diagnostique-t-on l'adénomyose ?
Le diagnostic repose principalement sur des examens d'imagerie, sans nécessité d'intervention chirurgicale dans la majorité des cas.
L'échographie transvaginale est généralement la première étape. Elle peut mettre en évidence un épaississement de la paroi utérine, des irrégularités dans le myomètre ou la présence de micro-kystes caractéristiques.
L’IRM est recommandée en complément du diagnostic afin de rechercher une éventuelle endométriose associée. Elle permet d'évaluer précisément l'épaississement de la zone de jonction entre l'endomètre et le myomètre. Cet examen est de préférence réalisé en dehors des règles.
Quels traitements sont disponibles ?
Il n'existe pas de traitement universel pour l'adénomyose. La prise en charge est individualisée, en fonction des symptômes, de leur intensité et du projet de vie de chaque patiente.
Les traitements médicaux visent à soulager les symptômes sans faire disparaître les lésions. Ils comprennent notamment :
- les contraceptifs hormonaux (pilule œstro-progestative) pour réguler le cycle et réduire les douleurs,
- les progestatifs, administrés par voie orale ou sous d'autres formes,
- le dispositif intra-utérin hormonal (de type Mirena ou Kyleena), souvent proposé en première intention, efficace pour réduire les saignements abondants et le volume utérin,
- les analogues de la GnRH, qui induisent une ménopause temporaire
Lorsque les traitements médicaux sont insuffisants ou mal tolérés, des options chirurgicales peuvent être envisagées :
- L'hystérectomie (ablation de l'utérus) est le seul traitement qui élimine définitivement l'adénomyose. Elle n'est jamais imposée et est toujours discutée en tenant compte de l'âge de la patiente, de ses souhaits et de son éventuel projet de grossesse.
- L'embolisation des artères utérines est une technique conservatrice pouvant réduire les symptômes, mais avec un risque de récidive dans les deux ans chez environ la moitié des patientes.
- L'ablation endométriale peut être proposée dans certaines situations, avec une efficacité variable selon les patientes.
Adénomyose et endométriose : quels liens ?
Ces deux maladies sont fréquemment associées. On estime qu'environ 6 à 20 % des patientes atteintes d'adénomyose présentent également des lésions d'endométriose, et que près de la moitié des femmes souffrant d'endométriose profonde sont également touchées par l'adénomyose.
Cette association peut aggraver les symptômes et rendre la prise en charge plus complexe. Il est donc important que les deux maladies soient recherchées et prises en compte ensemble lors du bilan gynécologique.
Contrairement à l'endométriose, qui ne se guérit pas, l'adénomyose peut, dans certains cas, être traitée de façon définitive notamment par hystérectomie. Il s'agit d'une distinction importante pour les patientes concernées par les deux pathologies.
Ce que la médecine cherche encore à comprendre
Malgré les progrès réalisés, plusieurs aspects de l'adénomyose restent mal élucidés. Les chercheurs s'interrogent notamment sur :
- les causes exactes du développement de l'adénomyose,
- pourquoi certaines femmes développent des symptômes et d'autres non,
- les liens précis entre adénomyose, endométriose et fertilité,
- et les meilleures stratégies pour préserver la fertilité tout en soulageant efficacement les symptômes.
La recherche progresse, et de nouvelles approches thérapeutiques sont régulièrement étudiées. Une meilleure formation des professionnels de santé et une plus grande sensibilisation du public restent essentielles pour réduire le délai de diagnostic et améliorer la qualité de vie des patientes concernées.